La forêt est parfaitement calme, seuls des coups de feu sporadiques déchirent la quiétude automnale. Dans la hêtraie, une harde de sangliers passe en trottinant à la queue leu leu, du plus grand au plus petit, dans un bruit de feuilles mortes balayées. Trois grands cerfs déboulent dans un coupe-feu, précédés d’un renard, d’une bécasse et d’un lièvre. Quelques minutes plus tard, l’explication de ces décantonnements sort du bois : une ligne de traqueurs qui parlent entre eux.

Bienvenue en forêt de Saint-Michel-Freÿr, entre Saint-Hubert et Nassogne, sur la chasse de la couronne. 4 000 ha de sanctuaire où l’on peut croiser les plus majestueux cerfs de Wallonie.

On y chasse à l’affût et à l’approche, mais surtout par poussées silencieuses, une technique de chasse répandue en Allemagne, décriée en Ardenne et expérimentée sur les chasses de la couronne.

Vingt chasseurs sont postés, dispersés, à l’intérieur d’enceintes de 300 ha ratissées par des traqueurs silencieux. Tout le contraire de la battue pratiquée en Ardenne, « à cors et à cris », avec des chiens qui crient, des coups de trompettes et des « hââ ! » de rabatteurs.

Au rond du matin, un colonel représentant le palais royal rappelle les règles de tir, qui déconcertent souvent les invités habitués à tirer à l’extérieur de l’enceinte de battue. On tire ici à 360° autour du poste, à maximum 70 m, un rayon matérialisé par des piquets au sommet peint en bleu ; il est impérieux d’enterrer sa balle, donc de tirer quand on voit le sol autour du gibier. Pas de coup doublé. On tire les cerfs non boisés sans restriction (biches et faons), les chevreuils et les sangliers, mais pas les renards.

Pas de début et de fin de battue annoncés par coups de trompette ou à la radio : on peut tirer dès qu’on est posté et le carnet indique l’heure de fin. Au rond, on synchronise donc les montres.

Résultat, une sécurité maximale pour les traqueurs qui se signalent par un coup de trompette en sortant des fourrés. Et des animaux juste dérangés, qui ne fuient pas au galop mais au pas ou au trot. Et s’ils galopent, interdiction de tirer. De la sorte, le tir est mieux ajusté, les mauvaises balles plus rares, les blessés à retrouver au chien de sang moins nombreux.

Les détracteurs disent que cette chasse est moins sportive ; elle est en tout cas plus efficace, plus sélective. « Le tir sportif, c’est quand le gibier court, et pas le chasseur ? », interroge ironiquement un défenseur de ce mode de traque.¦